La présence d’armes et d’équipements militaires de fabrication chinoise dans les rangs du M23 met à l’épreuve la position de Pékin, qui affirme observer une politique de neutralité et de non-ingérence dans le conflit qui oppose le mouvement rebelle aux autorités congolaises.
Dans une analyse publiée le 18 août 2026, Africa Defense Forum relève que des armes chinoises sont utilisées par les deux principaux camps impliqués dans le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), notamment les Forces armées de la RDC (FARDC) et le M23.
La Chine entretient d’importants intérêts économiques dans la région. Elle a notamment investi plusieurs milliards de dollars dans les secteurs du cobalt, du coltan et du cuivre en RDC. Pékin fournit également des équipements militaires à la RDC et au Rwanda voisin, accusé par les Nations unies de soutenir le M23.
Des équipements chinois entre les mains du M23
Selon l’article, plusieurs armes et équipements de fabrication chinoise auraient été récupérés par les FARDC dans des positions abandonnées par le M23. L’analyste de défense Jean-Jacques Wondo affirme que les armes saisies auprès des combattants du mouvement rebelle sont, dans leur grande majorité, d’origine chinoise.
Les équipements cités comprennent notamment des mitrailleuses légères, des fusils d’assaut, des mortiers et des lance-roquettes antichars. Des éléments photographiques auraient également documenté l’utilisation par le M23 d’un canon chinois de 107 mm et d’un véhicule blindé chinois Yitian près de Goma, capitale du Nord-Kivu contrôlée par le mouvement depuis janvier 2025.
L’article mentionne également des uniformes, gilets pare-balles et casques tactiques de fabrication chinoise utilisés par des combattants du M23.
Le rôle du Rwanda au cœur des interrogations
L’une des principales questions soulevées concerne l’origine de ces équipements. Africa Defense Forum rapporte que plusieurs analystes estiment qu’une partie du matériel utilisé par le M23 pourrait provenir de l’arsenal rwandais.
Le Rwanda a, au cours des deux dernières décennies, acquis auprès de la Chine différents équipements militaires, notamment de l’artillerie, des missiles antichars et des véhicules blindés, selon les données du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).
Un groupe d’experts des Nations unies avait par ailleurs conclu en 2022 que le Rwanda fournissait un soutien militaire au M23, une accusation régulièrement rejetée par Kigali.
Dans cette perspective, les armes chinoises retrouvées auprès du M23 ne signifieraient pas nécessairement que Pékin fournit directement le mouvement rebelle. Elles pourraient plutôt illustrer le risque de détournement ou de transfert d’équipements initialement livrés au Rwanda.
Pékin confronté à un dilemme diplomatique
La situation place la Chine dans une position délicate. Pékin affirme officiellement respecter le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États et se présente comme un acteur favorable au dialogue et à la recherche d'une solution politique au conflit.
Mais la circulation d’équipements chinois dans les différents camps du conflit complique cette posture
Des chercheurs cités par Africa Defense Forum estiment que l’augmentation des exportations chinoises d’armes vers l’Afrique, combinée à l’importance des investissements économiques de Pékin sur le continent, pourrait contraindre progressivement la Chine à s’impliquer davantage dans les conflits régionaux.
Pour la RDC, la question dépasse donc le seul débat sur l’origine des armes retrouvées sur le champ de bataille. Elle pose également celle du contrôle des transferts d’armes et du risque que des équipements vendus légalement à un État se retrouvent finalement entre les mains d’un groupe armé.
Alors que le conflit dans l’est de la RDC continue de provoquer des déplacements massifs de populations et des pertes humaines, la traçabilité des armes utilisées par les différents protagonistes demeure un enjeu majeur pour les acteurs régionaux et internationaux.