À l’occasion de la visite du président de l’Assemblée nationale à Oicha ce vendredi 20 février 2026, les forces vives du territoire de Beni ont remis un mémorandum cinglant. Entre massacres persistants, crise humanitaire profonde et failles sécuritaires, le document appelle à une réorganisation urgente de la réponse étatique dans cette région meurtrie par l'activisme des ADF.

Le constat dressé par la Coordination de la société civile du territoire de Beni est sans appel : malgré les opérations militaires en cours, les combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) continuent de semer la désolation. Rien qu’entre le 1er et le 15 février 2026, une vingtaine de civils ont été tués et plus de 80 maisons de commerce incendiées sur l’axe Oicha-Mamove.

Des failles sécuritaires pointées du doigt

Pour les leaders communautaires, l’action de l’État congolais souffre de plusieurs lacunes stratégiques. Le mémorandum souligne un manque de dispositifs pour sécuriser les grandes agglomérations lorsque les combats se déplacent en profondeur dans les forêts, permettant aux rebelles de déborder vers des centres comme Oicha, Mbau ou Mangina.

La société civile pointe également une coordination défaillante dans les opérations conjointes FARDC-UPDF, déplorant que l'armée congolaise laisse parfois trop de responsabilités aux troupes ougandaises. "L'absence de drones, d'hélicoptères de combat et de moyens navals sur les rivières Ituri et Semuliki facilite les mouvements des ADF", indique le document, qui dénonce aussi des cas de tracasseries militaires et de corruption aux points de contrôle.

Une crise sociale et humanitaire "étouffante"

Au-delà du front militaire, c’est toute l’ossature sociale du territoire qui vacille. Les populations, majoritairement agricoles, n'ont plus accès à leurs champs sans risquer la mort. La région, bien que meurtrie depuis deux décennies, n'est toujours pas déclarée "zone sinistrée", ce qui impose une pression fiscale jugée insupportable pour les habitants.

Les recommandations pour une sortie de crise

Face à ce tableau sombre, la société civile exhorte les autorités à "mettre de l'ordre dans la gestion des Wazalendo" pour éviter qu'ils ne deviennent une menace interne, et à impliquer les maisons de télécommunication dans la localisation des ravisseurs lors des demandes de rançons.

Sur le plan administratif, le mémorandum appelle à la matérialisation du statut de "ville" pour la commune d'Oicha, promis par plusieurs décrets depuis 2013 mais jamais pleinement appliqué. Les forces vives espèrent que ce diagnostic servira de base à une action concrète pour mettre fin au "calvaire" des populations de Beni.