Un juge fédéral américain a estimé, mercredi, que l’administration du président Donald Trump avait très probablement enfreint la loi en expulsant vers la République démocratique du Congo une ressortissante colombienne, alors même que les autorités congolaises avaient refusé de l’accueillir.

Dans sa décision, le juge fédéral Richard J. Leon a ordonné au gouvernement américain de faire revenir Adriana Maria Quiroz Zapata aux États-Unis. Cette décision intervient dans un contexte de vaste campagne d’expulsions menée par l’administration Trump et constitue un cas rare où un tribunal exige le retour d’une personne expulsée.

Selon des informations relayées par le journal The New York Times, la décision n’avait pas encore été versée au registre public mercredi soir, mais une copie a été transmise au média par l’avocat de Mme Zapata.

Les services américains de l’immigration et des douanes (ICE), ainsi que le département d’État, subissent actuellement des pressions de la Maison-Blanche afin de trouver des pays tiers susceptibles d’accueillir des migrants que les États-Unis ne peuvent pas renvoyer dans leur pays d’origine. Dans plusieurs cas, les juridictions américaines estiment que ces personnes risquent des persécutions ou des actes de torture si elles y sont renvoyées.

L’administration américaine aurait ainsi conclu plusieurs accords avec des pays tiers pour y expulser certains migrants. Toutefois, les autorités congolaises auraient refusé d’accepter Adriana Maria Quiroz Zapata en raison de ses problèmes de santé.

Malgré ce refus officiellement documenté, Washington a tout de même procédé à son transfert vers la RDC, une décision que le juge Richard J. Leon considère comme probablement illégale, la loi américaine exigeant l’accord préalable du pays d’accueil.

Le département américain de la Sécurité intérieure n’a pas immédiatement réagi à cette décision judiciaire. De son côté, l’ambassade congolaise à Washington n’avait pas non plus répondu aux sollicitations de la presse mercredi soir.

Cette affaire rappelle celle de Kilmar Armando Abrego Garcia, un résident du Maryland expulsé par erreur vers le Salvador l’année dernière. Dans ce dossier également, les tribunaux américains avaient exigé le retour de l’intéressé sur le territoire américain.

Dans son ordonnance de trois pages, le juge Leon a d’ailleurs cité ce précédent judiciaire. Adriana Maria Quiroz Zapata affirme avoir fui la Colombie après des violences commises par son ancien compagnon, présenté comme un homme lié à la police nationale colombienne. Selon ses déclarations, celui-ci l’aurait violée et battue en toute impunité.

En 2025, après examen des preuves et de son témoignage, un tribunal américain de l’immigration avait conclu qu’elle ne pouvait pas être renvoyée en Colombie, estimant qu’elle y risquait très probablement des actes de torture.

Actuellement hébergée dans un hôtel situé à proximité de Kinshasa, en compagnie de quatorze autres migrants expulsés par l’administration Trump, Mme Zapata affirme vivre dans la peur permanente.

« Je reste enfermée dans ma chambre 24 heures sur 24. J’ai peur tout le temps », a-t-elle confié lors d’un entretien accordé au New York Times avant la décision du tribunal.

Le juge Richard J. Leon, nommé à la cour fédérale par l’ancien président George W. Bush, a ordonné au gouvernement américain de lui présenter, d’ici vendredi soir, les mesures prises pour assurer le retour de Mme Zapata aux États-Unis.

Via The New York Times