Le président rwandais Paul Kagame s’est une nouvelle fois exprimé sur la crise en cours à l’Est de la RDC marquée par la guerre contre le M23, soutenu par le Rwanda, et qui occupe désormais une grande partie des provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu.
Dans une interview accordée cette semaine à Jeune Afrique, Paul Kagame a encore rejeté toute responsabilité du Rwanda dans ce conflit affirmant que la préoccupation de son pays reste de lutter contre la menace sécuritaire des FDLR, qui selon lui, « sont toujours entretenus par le gouvernement congolais. »
Il a ainsi affirmé qu’il ne retirera pas « ses mesures défensives » sur sa frontière avec la RDC : « Si je défends ma frontière et qu’il faut pour cela traiter la menace à 5, 10 ou 20 kilomètres au-delà, cela reste une mesure défensive. Et puis, cessons de regarder d’un seul côté. Pourquoi ne parle-t-on que du Rwanda, alors qu’il fait face à un gouvernement qui travaille avec les FDLR et à qui on ne demande rien ? N’attendez pas de moi que je lève nos mesures de défense alors que vous ne faites rien pour mettre un terme à ce qui menace mon pays », a-t-il déclaré renvoyant Kinshasa, Washington et la communauté internationale à leurs responsabilités.
Il a par ailleurs critiqué les sanctions internationales contre son pays, et récemment celles des Etats-Unis contre son armée : « Émettre des sanctions ne signifie pas qu’elles sont justifiées. On vous les applique parce que vous ne correspondez pas aux intérêts de ceux qui vous les infligent. Une chose est sûre : qu’on n’attende pas de moi que je demande pardon et que j’accepte des sanctions injustifiées, dont je ne comprends pas les base », a-t-il poursuivi avançant que sa frontière est désormais plus sûre avec la présence de l'AFC/M23.
Au sujet des accords de Washington, le président rwandais a accusé la partie congolaise de n’avoir jamais appliqué ces derniers.
🔴 [EXCLUSIF] « Nous refusons de lever les mesures défensives »
— Jeune Afrique (@jeune_afrique) April 3, 2026
En interview, le président du Rwanda Paul Kagame s'est montré inflexible sur la situation dans l'est de la RDC, et a renvoyé Kinshasa, Washington et la communauté internationale à leurs responsabilités. pic.twitter.com/Ke0zGHvUby
Paul Kagame a également réaffirmé que le M23 est un mouvement congolais et non rwandais, l’associant désormais à l’ancien président Joseph Kabila : « L’AFC/M23 est un groupe large. J’ai aussi vu que même l’ancien président Kabila, en fait maintenant partie ou est associé d’une manière ou d’une autre », a-t-il déclaré.
En interview à Jeune Afrique, le président du Rwanda Paul Kagame a évoqué l'ancien président congolais Joseph Kabila.
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Et notamment sa position dans l'AFC/M23, et dans le dialogue de paix. pic.twitter.com/MrebYV7bIX
Et pour ce qui est de la présence de Joseph Kabila à Goma, le président rwandais a expliqué que « tous ceux qui souhaitent prendre part à la lutte pour un Congo stable sont les bienvenus » : « Kabila a fait ses choix. Vous connaissez ses problèmes. Le gouvernement congolais le poursuit, il a été condamné à mort, une partie de ses biens a été saisie et il veut affronter cette situation dans son propre pays. Je ne vois pas pourquoi je lui refuserais le passage ; cela n’aurait pas de sens », a-t-il déclaré.
Enfin, il est revenu sur le cas du fils de Juvénal Habyarimana indiquant que ce dernier commence désormais à bénéficier du soutien de Tshisekedi, de la machine de l’État congolais et de ses énormes ressources : « En quoi est-il isolé ? Tshisekedi tente de l’utiliser pour mobiliser l’opinion en faveur des FDLR et de leur constituer un réseau de soutien en France, où cet individu réside, et ailleurs. Comment pourrions-nous minimiser cela ? », a-t-il questionné.