Dans le bloc dit « Congo ya Sika », à Kasindi-Lubiriha, en plein cœur du Parc national des Virunga, le conflit foncier semble progressivement changer de visage. Ce qui était au départ une controverse autour des limites des terres, de leur occupation et de leur gestion prend désormais une dimension sécuritaire, avec des relations de plus en plus tendues entre une partie de la population et les forces de l’ordre, sous l’égide de certaines autorités.

Depuis plusieurs années, Congo ya Sika est au centre d’un différend opposant différents intérêts autour de l’occupation de cet espace situé à proximité du Parc national des Virunga.

Des investigations avaient déjà documenté les opérations de morcellement et les contestations liées aux parcelles dans cette partie de Kasindi. En mars 2025, elles rapportaient notamment de nouvelles divergences autour de la poursuite présumée du morcellement de certaines parcelles, malgré des mesures de suspension.

Aujourd’hui, le dossier semble entrer dans une nouvelle phase.

Le déploiement, depuis septembre, de policiers venus d’Oicha à Kasindi a ravivé les tensions. Leur mission était notamment liée à l’arrêt de certains travaux dans les quartiers Congo ya Sika et Mapathi.

Dans le même contexte, l’avocat Me Kambale Kapanga Achille a dénoncé des violences, des menaces, des extorsions et des saisies qu’il attribue à certains policiers, et a demandé l’ouverture d’une enquête. Ces accusations restent à établir, tandis que la version de la police était encore attendue dans cette affaire.

Sur le terrain, le constat qui se dégage est préoccupant : la police et une partie de la population semblent désormais se regarder en chiens de faïence.

Une situation qui n’est pas sans risque

Car lorsque l’autorité publique intervient dans un dossier déjà marqué par la méfiance, chaque opération peut être interprétée comme une provocation. Et lorsque la population estime que ses droits ne sont pas suffisamment entendus, la contestation peut rapidement prendre une dimension collective.

Pourtant, les autorités ont déjà, à plusieurs reprises, appelé à la suspension des activités dans cette zone. En septembre 2025, l’administrateur militaire du territoire de Beni avait notamment rappelé l’interdiction de certaines activités dans le bloc Congo ya Sika, alors que les autorités cherchaient également à renforcer la collaboration avec les communautés locales.

Mais l’interdiction, à elle seule, ne semble pas avoir suffi à mettre fin aux contestations.

C’est là que se trouve aujourd’hui le véritable problème de Congo ya Sika : que faire lorsque l’interdiction administrative ne produit plus l’effet recherché ?

Faut-il multiplier les policiers sur le terrain ?

Faut-il simplement ordonner l’arrêt des travaux ?

Ou faut-il enfin s’attaquer au fond du problème, en clarifiant les limites de l’espace concerné, les droits des occupants, les responsabilités des différents services et le statut juridique des terres ?

La réponse ne peut probablement pas être uniquement sécuritaire.

Congo ya Sika a besoin de clarté, de transparence et d’un mécanisme capable d’entendre les différentes parties. Les autorités administratives, les services fonciers, l’ICCN, les représentants de la population, les chefs locaux et, lorsque cela est nécessaire, les autorités judiciaires doivent pouvoir travailler sur la base des mêmes documents et des mêmes faits.

Car une interdiction sans solution durable risque de repousser le problème plutôt que de le résoudre.

Et plus le temps passe, plus la méfiance s’installe.

Le récent face-à-face entre population et policiers doit donc être considéré comme un signal d’alerte. Il ne faudrait pas que le conflit foncier de Congo ya Sika devienne progressivement un conflit entre citoyens et institutions chargées de faire respecter l’ordre.

Congo ya Sika n’a pas seulement besoin de policiers pour faire respecter une interdiction. Il a besoin de réponses claires sur son avenir.

La population veut savoir où commencent et où s’arrêtent ses droits. Les autorités doivent pouvoir expliquer clairement ce qui est légal, ce qui ne l’est pas, et sur quelle base leurs décisions sont prises.

Entre-temps, chaque nouvelle intervention musclée risque d’approfondir le fossé.

Dans le bloc Congo ya Sika, la question n’est donc plus seulement celle des parcelles. Elle devient aussi celle de la confiance entre l’autorité publique et la population.

Et cette confiance, une fois fragilisée, ne se restaure ni par des ordres ni par des interdictions, mais par la vérité des faits, la justice et un dialogue suffisamment crédible pour être accepté par les différentes parties.