Cinq ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour livrer un seul pont sur le grand canal collecteur des eaux de ruissellement à Kasindi. Lancés le 16 juin 2021, les travaux de réhabilitation de la RN4, confiés à DOTT Service, viennent enfin de franchir cette étape : l'ouvrage est achevé, fonctionnel, et les usagers de cet axe transafricain peuvent désormais le franchir sans craindre les caprices de la saison des pluies.

Il faut s'en réjouir, sobrement. Un pont qui tient, c'est un marché qui s'approvisionne, une ambulance qui passe, un camion qui ne s'enlise plus. Sur une route aussi stratégique que la RN4, chaque kilomètre rendu à la circulation normale pèse directement sur le quotidien des populations et sur les échanges régionaux.

Mais la satisfaction s'arrête là où commence l'interrogation. Cinq années pour un seul ouvrage, quand d'autres chantiers du même tronçon restent en cours, posent une question simple et gênante : à ce rythme, quand la RN4 sera-t-elle réellement réhabilitée dans son ensemble ? Les délais initiaux, on l'imagine, n'annonçaient pas un tel étalement. Entre les contraintes sécuritaires, les aléas logistiques et peut-être des retards de financement, les explications ne manqueront pas. Mais elles ne suffisent plus à rassurer des usagers qui, depuis cinq ans, contournent les mêmes nids-de-poule et négocient les mêmes bourbiers.

Ce pont achevé doit être un signal, pas un aboutissement. Un signal que le chantier n'est pas à l'arrêt, que DOTT Service et les autorités qui pilotent ce dossier peuvent encore livrer. Mais il doit aussi être un rappel : une infrastructure routière qui met une demi-décennie à produire un seul franchissement fonctionnel interroge sur la capacité de l'État et de ses partenaires à tenir un calendrier, et donc une promesse faite aux populations congolaises.

La RN4 n'est pas un chantier parmi d'autres. Elle est une artère vitale du corridor transafricain, un test de la crédibilité des engagements pris en matière d'infrastructures. Il est temps que les ouvrages encore en cours suivent un rythme qui ne se compte plus en années par pont, mais en mois.