À l’est de la République démocratique du Congo, où le chômage des jeunes et l’insécurité continuent de fragiliser les parcours, certains refusent de céder au découragement. À seulement 24 ans, Fimbo Julien incarne cette jeunesse résiliente qui transforme les obstacles en tremplin.
Originaire de Beni, le jeune apprenant a obtenu son diplôme d’État en 2021 à Bunia, à l’Institut La Racine. Après cette étape, son chemin n’a pas été linéaire. Il commence par travailler dans un atelier de couture, où il s’occupe du repassage et de la vente de prêt-à-porter une première immersion dans l’univers de la mode.
Par la suite, Julien se rend à Beni et s’inscrit en communication à l’UCB. Mais très vite, le doute s’installe. Le cœur n’y est pas. Conscient que sa véritable passion se trouve ailleurs, il prend une décision courageuse, abandonner l’université pour se consacrer à ce qui l’anime profondément la couture. Il travaille un temps dans une épicerie avant de franchir une nouvelle étape décisive en rejoignant Goma.
De Beni Butembo à Goma, le pari de la passion.
En ce début d’année académique, Julien arrive à l’Académie Alinda Fashion Academy sans véritable maîtrise technique. Aujourd’hui, il en est à ses premiers pédalages sur la machine à coudre, mais ses réalisations surprennent déjà par leur inspiration fondée sur les valeurs africaines.
Lors de la première présentation des travaux de l’année, il signe une tenue portée par une mannequin un moment marquant pour ce jeune créateur en devenir.
« Je pouvais le faire même sans argent, car j’ai de l’amour pour la couture », confie-t-il.
Un garçon parmi plus de 50 filles
Dans un auditoire composé de plus de 50 filles, Julien fait partie des deux seuls garçons, aux côtés de Frère Josué Kisamba. Une situation qu’il vit avec maturité.
« Mon challenge dans l’auditoire avec les femmes, c’est le partage et l’amour de base fondés sur le respect mutuel et l’inspiration. »
Convaincu que la haute couture n’a pas de genre, il rappelle, « Les grands couturiers sont des hommes qu’on ne vous trompe pas. »
Malgré un apprentissage encore à ses débuts, Julien voit loin. Son ambition est claire, « Mon rêve, c’est d’apporter une petite touche, car tout existe déjà. Je vais créer ma propre marque et concurrencer celles qui sont déjà sur le marché. »
Une jeunesse qui refuse d’abandonner
Le parcours de Fimbo Julien reflète celui de nombreux jeunes de Beni, Butembo, Bunia et Goma, confrontés au chômage et à une situation sécuritaire instable. Dans ce contexte difficile, se former et croire en ses talents relève déjà d’un acte de courage.
À 24 ans, Julien n’en est qu’au début de son histoire. Mais à l’Académie Alinda, ses premiers coups de pédale laissent entrevoir le fil d’un avenir prometteur preuve que, même dans l’adversité, la jeunesse congolaise continue de créer, d’espérer et d’avancer.