L’Est de la République démocratique du Congo (RDC) s'enfonce dans une crise humanitaire majeure.
Depuis le 2 décembre dernier, les violents combats qui secouent le Sud-Kivu ont jeté près d'un demi-million de personnes sur les routes, forçant le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à déployer une réponse régionale d'urgence pour soigner les blessés et réunir les familles brisées par l'exode.
Des blocs opératoires sous haute tension
À Uvira, Fizi et Bukavu ; les hôpitaux sont le miroir de la violence des affrontements.
Entre le 2 et le 16 décembre dernier, le CICR a facilité la prise en charge de 193 blessés par armes.
La pression est particulièrement forte à l'Hôpital Général de Référence d'Uvira, où plus de 110 patients ont été admis en deux semaines : « La majorité de blessés sont des civils », alerte Moussa Badji, coordinateur médical du CICR en RDC.
Pour maintenir ces structures à flot, l'organisation fournit non seulement des intrants médicaux, mais aussi 3.000 litres de carburant pour alimenter les générateurs et les régies d'eau, ainsi que des repas quotidiens pour les patients et leurs accompagnants.
Le calvaire de l'exode : 500.000 personnes en mouvement
Selon les Nations Unies, le nombre de déplacés a atteint la barre symbolique du demi-million.
Nombreux sont ceux qui tentent la traversée périlleuse du lac Tanganyika vers le Burundi.
Sur place, le constat de Kedir Awol Omar, chef de la délégation régionale du CICR, est sans appel : les conditions de vie sont « extrêmement précaires » : « Nous n’avons ni eau, ni nourriture, ni abri. Nous dormons à même le sol », témoigne Chantal Bisimwa, réfugiée au Burundi.
Pour contrer les risques épidémiques, le CICR a mis en place des camion-citerne d’une capacité de 20.000 litres d'eau potable dans les centres de transit de Cishemere et Kansenga, au nord-ouest du Burundi.
Le péril invisible des munitions non explosées
Au-delà des lignes de front, une menace durable guette les populations : la contamination par les armes.
L’axe Kamanyola–Uvira est parsemé de munitions non explosées. Marwan Nadim, expert du CICR, exprime son inquiétude face au retour progressif des habitants dans des zones encore jonchées d'engins explosifs de guerre, transformant leurs propres maisons en zones de danger mortel.
Réparer les liens brisés
Dans le chaos de la fuite, des centaines d'enfants ont perdu la trace de leurs parents.
Et grâce à un dispositif de réponse rapide, les équipes de la Croix-Rouge ont déjà réussi à réunifier 11 enfants non accompagnés avec leurs proches au Burundi.
Plus de 1.400 appels téléphoniques ont été facilités dans toute la région pour permettre aux déplacés de briser l'angoisse du silence.
En tant qu'intermédiaire neutre, le CICR a également permis aux techniciens de la compagnie d'électricité d'accéder aux zones sensibles pour rétablir le courant à Uvira, tout en encadrant des « enterrements dignes et sécurisés » pour les victimes des combats sur la plaine de la Ruzizi.