Malgré les efforts diplomatiques régionaux et les annonces répétées de cessez-le-feu, la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
Dans sa récente analyse couvrant le mois de novembre 2025, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) dresse le tableau d’un Nord-Kivu confronté à un double péril : l’expansion territoriale de la rébellion du M23 et la poursuite des massacres attribués aux terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF).
Ces deux dynamiques parallèles accentuent la vulnérabilité des populations civiles, déjà éprouvées par des années de conflits armés.
Moins d’incidents, mais plus de morts
Selon le KST, le nombre global d’incidents sécuritaires a légèrement diminué en novembre, passant de 239 en octobre à 226.
Cependant, cette baisse apparente cache une réalité plus alarmante : la violence contre les civils s’est intensifiée.
Le nombre de personnes tuées a fortement augmenté, illustrant le fait que la réduction du volume d’affrontements armés ne rime pas nécessairement avec une amélioration de la protection des populations.
Les civils restent les principales victimes des groupes armés actifs dans la région.
Les ADF, une violence extrême concentrée à Lubero
Dans le territoire de Lubero, au nord de la province du Nord-Kivu, les ADF, un groupe terroriste d’origine ougandaise affilié à l’État islamique, demeurent la menace la plus meurtrière.
Le KST identifie cette zone comme « l’épicentre des violences attribuées aux ADF » au cours du mois de novembre.
Dans la nuit du 14 novembre, au moins 29 civils ont été tués à l’arme blanche dans une structure sanitaire du village de Byambwe, selon des sources locales citées par le rapport.
Cette attaque, menée avec une extrême brutalité, a profondément choqué les communautés locales.
Au-delà des massacres, le rapport évoque une radicalisation accrue du groupe.
Des séances de prêche et des tentatives de conversion forcée à l’islam ont notamment été signalées dans le village d’Elake, renforçant le climat de peur au sein des populations.
Face à cette menace persistante, la coalition militaire FARDC-UPDF, regroupant les forces armées congolaises et ougandaises, a intensifié ses opérations, notamment par des frappes aériennes.
Mais selon le KST, les ADF semblent s’adapter à la pression militaire, en se redéployant vers la forêt de Mambasa, dans la province voisine de l’Ituri, où ils chercheraient à établir de nouveaux centres d’entraînement.
Le M23 poursuit son avancée malgré les processus diplomatiques
Parallèlement aux exactions attribuées aux ADF, la rébellion de l’AFC/M23 continue de renforcer son emprise territoriale, en dépit des engagements pris lors de l’accord de cessez-le-feu signé à Doha le 15 novembre.
Si le cœur de cette expansion concerne le Sud-Kivu, KST souligne que la dynamique du M23 demeure une menace directe pour l’équilibre sécuritaire du Nord-Kivu, province qui reste l’un de ses principaux bastions historiques.
Les avancées enregistrées dans les territoires voisins, notamment vers Shabunda et Mwenga, renforcent la crainte d’un élargissement du front et d’un isolement progressif de certaines zones encore sous contrôle gouvernemental.
Les “Wazalendo”, un facteur d’instabilité supplémentaire
Le rapport du KST met également en lumière le rôle ambigu des groupes armés dits “Wazalendo”, des combattants locaux alliés des forces gouvernementales contre le M23.
Dans plusieurs zones, leur indiscipline, l’absence de coordination et leur implication présumée dans des actes de banditisme ou de règlements de comptes ont contribué à une dégradation supplémentaire de la situation sécuritaire.
Pour les autorités de Kinshasa, la gestion de ces groupes constitue un défi majeur : s’ils participent parfois à la défense de certaines localités, leur comportement affaiblit l’autorité de l’État et complique les efforts de stabilisation.
Des civils pris au piège
Entre les massacres attribués aux ADF au Nord-Kivu et la pression exercée par l’expansion du M23 dans l’Est du pays, les civils se retrouvent pris en étau.
Déplacements forcés, insécurité alimentaire, fermeture d’écoles et accès limité aux soins de santé font désormais partie du quotidien de milliers de familles.
Pour le Baromètre sécuritaire du Kivu, la situation observée en novembre 2025 illustre une tendance préoccupante : malgré les initiatives diplomatiques et militaires, la protection des civils reste largement insuffisante, tandis que les groupes armés continuent d’imposer leur loi sur de vastes zones de l’est congolais.