Lancé officiellement le 5 juin 2025 au prix de 75 dollars américains, le nouveau passeport biométrique congolais est conforme aux normes internationales. 

Il intègre une puce RFID sans contact et une page en polycarbonate, gage de sécurité et de modernité.

La procédure de demande se fait entièrement en ligne, depuis l’obtention du numéro d’identification fiscale (eNIF) auprès de la DGI, jusqu’au remplissage du formulaire e-demande et au paiement électronique du passeport via Mobile Money, carte Visa ou banque.

Cependant, sur le terrain, notamment à Beni au Nord-Kivu, la réalité est tout autre : désorganisation, lenteurs, frais additionnels et frustrations dominent le processus.

Procédure en ligne et obstacles techniques

Si la démarche numérique semblait simplifier la vie des citoyens, plusieurs requérants dénoncent des plateformes instables et des pannes récurrentes : « J’ai obtenu tous mes documents en ligne comme exigé pour la demande e-passeport, la photocopie de ma carte d’électeur et la preuve de paiement mais cela fait trois jours que j’attends sous le soleil, sans avancer », témoigne Victor, visiblement épuisé.

« L’agent de l’ANR m’a demandé 20 dollars supplémentaires pour compléter une fiche. J’ai peur de devoir encore payer pour la capture. Je n’avais prévu que l’argent du passeport », ajoute un autre ayant requis l’anonymat.

D’autres requérants comme le docteur Cyrille, venu de Goma, déplorent le manque d’organisation : « Je suis à Beni depuis le 2 novembre. Nous sommes le 17 et je n’ai toujours pas mon passeport. On me dit chaque jour que mon dossier est à l’ANR ou que le paiement n’est pas encore validé. Je risque de perdre mon emploi à cause de ce désordre », avance-t-il.

Nos reporters se sont rendus au centre de capture de Beni, situé à Vingazi, l’unique pour toute la province du Nord-Kivu.

Ce centre fonctionne actuellement pour Beni et devrait prochainement desservir Butembo.

Tôt le matin, devant une foule nombreuse, Anselme Ponge, chef de centre, tente d’apaiser les tensions,

« Nous n’avons qu’une seule machine de capture, nous ne pouvons pas prendre tout le monde à la fois. Chaque jour, nous traitons environ 100 dossiers, 70 selon la liste officielle et 30 sur recommandation », explique-t-il.

Il reconnaît également les difficultés de connexion Internet et les contraintes sécuritaires qui ralentissent le travail, mais aussi des cas des personnes qui oublient de signer leurs fiches de demande.

Interrogé publiquement sur les frais connexes non officiels, le responsable ne s’est pas exprimé, préférant poursuivre les appels des requérants.

Des frais additionnels non annoncés

Sur place, les citoyens découvrent qu’au-delà des 75 dollars officiels, d’autres paiements sont exigés.

Selon plusieurs témoignages, il faut laisser 20 dollars à l’ANR pour obtenir un rendez-vous, puis 30 dollars supplémentaires lors de la capture des empreintes.

Ainsi, le coût réel du passeport avoisine les 150 dollars sans compter les frais connexes de transport, d’impression ou de photocopie des documents.

« Le gouvernement doit clarifier le prix réel du passeport. Ce n’est pas sérieux de venir avec le montant officiel et découvrir d’autres paiements sur place », dénonce Maître N’simire, une requérante à Beni.

« Certains rentrent bredouilles après avoir payé en banque. D’autres voient leur paiement en ligne rejeté à cause d’une connexion instable. Ces erreurs pouvaient être évitées », ajoute-elle.

Face à ces difficultés, des mouvements citoyens se mobilisent à Butembo pour dénoncer les abus et exiger plus de transparence.

Lors d’une conférence de presse tenue il y a quelques jours, Jean-Pierre KASMA, militant du mouvement LUCHA, a exigé le respect du tarif officiel et la réduction des tracasseries administratives : « Le peuple est déjà épuisé par la guerre. On ne peut pas lui imposer des surcoûts injustifiés. Ceux qui payent 200 ou 250 dollars pour accélérer la procédure aggravent le problème », a-t-il déclaré.

Notez que depuis le jeudi 6 novembre, plus d’un millier de demandeurs ont pu récupérer leurs passeports sans avoir à payer de frais de retrait.

Cette amélioration intervient dans un contexte marqué par une série de désagréments persistants au sein des services de l’État, notamment au centre de capture.

Face aux tensions récurrentes, une forte présence de la police militaire est désormais visible aux différentes entrées ainsi qu’aux abords du bâtiment, une mesure préventive destinée à éviter tout incident majeur.

Un document indispensable dans un contexte de crise

Malgré la guerre et l’insécurité, des milliers d’habitants du Nord-Kivu se pressent pour obtenir ce document précieux, nécessaire pour les études, les affaires à l’étranger ou simplement changer d’horizon.

Mais pour beaucoup, obtenir le passeport congolais relève encore du parcours du combattant.