Dans la province du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, des centaines de propriétaires fonciers dénoncent une situation qu'ils qualifient d'aberrante.

À Beni, le Bureau des titres immobiliers continue de percevoir des frais administratifs pour des certificats d'enregistrement qu'il n'est pourtant pas en mesure de délivrer.

Une carence d'imprimés de valeur qui plonge les administrés dans une insécurité juridique totale

Et pour de nombreux habitants de cette partie du Nord-Kivu, l'acquisition d'un titre de propriété est devenue un véritable parcours du combattant.

Le scénario, décrit par plusieurs requérants, est quasi systématique : l'usager se présente au bureau, s'acquitte de la totalité des taxes exigées, mais repart les mains vides. Ce n'est qu'après des mois d'attente et de multiples relances que l'administration finit par admettre l'indisponibilité des documents officiels.

« Personne ne vous prévient »

Parmi les victimes de ce dysfonctionnement, l'amertume est palpable. Un demandeur, qui a requis l'anonymat, témoigne de son désarroi : « Je suis moi-même dans cette situation depuis maintenant quatre mois. J'ai tout payé, mais le document reste introuvable. Le plus grave, c'est qu'au moment du versement, personne ne vous informe de la pénurie. On vous laisse attendre deux mois avant de vous avouer la vérité. »

Plus de 500 dossiers en suspens

Selon les informations recueillies sur place, plus de 500 personnes se trouveraient aujourd'hui dans cette impasse.

Dans une province où les conflits fonciers sont une source majeure d'instabilité, l'absence de certificat d'enregistrement est loin d'être un simple détail technique.

Sans ce précieux document, impossible de prouver légalement sa propriété, de revendre son bien ou de solliciter un crédit bancaire.

Cette gestion opaque alimente la méfiance envers les services de l'État.

Une question demeure au cœur des critiques : pourquoi continuer à percevoir des fonds alors que les imprimés de valeur font défaut ?

Le mutisme des autorités locales

Pour l'heure, les autorités locales opposent un silence persistant aux sollicitations. Contacté à plusieurs reprises pour apporter des éclaircissements sur les causes de cette pénurie et les délais de régularisation, le chef de service du Cadastre, Monsieur Saasita Jeannot, n'a pas donné suite à nos appels.