C’est un spectacle de désolation et d'opportunisme qui s'est joué jusqu'au samedi 28 février sur les bords de la rivière Lume.

Alors que les crues avaient emporté le pont, coupant cette route transafricaine vitale, le site s’est transformé en un immense parking à ciel ouvert.

De part et d'autre de la rive, des centaines de véhicules sont restés immobilisés, créant des marchés de fortune là où, d'ordinaire, les camions ne font que passer.

Un commerce de crise au bord de l'eau

Le soir, l'ambiance prenait des airs de kermesse forcée. Dans des gargotes montées à la hâte, l'odeur du poulet grillé se mêlait aux discussions des chauffeurs, des passagers et des hommes en uniforme.

Pour oublier l'attente, on y consommait de la bière, faisant tourner une économie locale née de l'enclavement.

Le franchissement de la rivière était devenu un business lucratif pour la jeunesse locale.

Faute de pont, des jeunes garçons se sont mobilisés pour transporter les voyageurs à dos d'homme moyennant 2.000 francs congolais. Pour les motos, le tarif était fixé à 500 francs.

Une solidarité tarifée qui permettait de maintenir un semblant de mouvement sur cet stratégique Beni-Kasindi.

Le cri d'alarme des agriculteurs

Pourtant, derrière ce décor de "vie de village" improvisée, la réalité économique était brutale.

Les agriculteurs de la région, déjà victimes des eaux ayant dévasté leurs plantations, ont vu leurs revenus s'effondrer.

Privés de débouchés vers les grands marchés, le prix du régime de bananes plantains a chuté de plus de moitié, passant de 10 000 à 4 000 francs congolais sur place.

Le retour à la normale

Le déblocage a finalement eu lieu ce dimanche 1er mars. Après une nuit marquée par des rituels coutumiers traditionnels, les travaux de réhabilitation ont permis de jeter un pont provisoire en planches.

Ce lundi 2 mars 2026, la RN4 est entièrement dégagée et les engins de l'entreprise Dott Services sont désormais à pied d'œuvre pour construire un ouvrage durable.