Un mois après la déclaration d’épidémie de maladie Ebola en République démocratique du Congo (RDC), l’ONG Médecins Sans Frontières dit constater qu’en dépit de l’intensification récente de la réponse, d’importantes lacunes compromettent les efforts visant à la contrôler, que ce soit en matière de diagnostic, de surveillance, de recherche des contacts ou d’engagement communautaire. MSF appelle de toute urgence à une réponse qui soit à la hauteur de la crise en cours.
« Un mois après la déclaration d'épidémie, la maladie progresse plus rapidement que la réponse », a déclaré Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC affirmant que « personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule. »
« La plupart des centres de traitement en Ituri sont débordés, un grand nombre de patients se présentent chez nous dans un stade déjà avancé de la maladie, et la majorité n’ont jamais été identifiés ni suivis comme contacts avant de se présenter aux soins », a-t-elle ajouté.
Pour MSF, le dépistage reste l’une des principales faiblesses de la riposte, malgré des améliorations récentes des capacités de laboratoire et l’arrivée de centaines de tests mobiles dans l’est de la RDC, spécifiquement conçus pour le virus Bundibugyo : « De nombreuses zones, en particulier celles touchées par l’insécurité, ont encore un accès limité à ces tests, et les centres de traitement continuent d’attendre longtemps les résultats des tests. Sans un dépistage plus rapide et largement disponible, il sera difficile de détecter les cas suffisamment tôt pour contenir l’épidémie », », poursuit Kate White qui ajoute que les zones affectées par l’épidémie sont marquées par de longues années de conflits actifs, de déplacements répétés de populations, de lacunes dans l’accès aux soins de santé et d’insuffisance de la réponse humanitaire ; des conditions qui entravent fortement les efforts actuels face à Ebola et créent un environnement propice à la propagation de la maladie.
Le gouvernement nuance et pointe « un rapport alarmiste »
En réaction, le gouvernement congolais a tenté de dissiper les inquiétudes avancées par MSF parlant « d’un rapport alarmiste. »
Et pour le ministre de la communication, Patrick Muyaya, il s’agit purement et simplement d’une mauvaise foi ou volonté de la part de cette ONG, pourtant partenaire du gouvernement : « C’est finalement une question de perception en fonction peut être des intérêts des uns et autres », a-t-il expliqué signifiant que l’intérêt des autorités congolaise, « c’est de présenter la réalité » : « Il faut que les uns et les autres prennent la latitude de contrevérifier ou tout au moins de poser la question aux autorités congolaises qui sont habilitées, qui sont sur place pour davantage avoir les éléments d’éclairage plutôt de vouloir s’offrir une visibilité sur un sujet qui est préoccupant pour nous et qui est pris avec la gravité que cela nécessite», a-t-il martelé.
#RDC_Santé: Deux ministres congolais recardent poliment le « rapport alarmiste » de @MSFcongo qui dénote parfois, selon Muyaya, de mauvaise fois ou volonté.
— TAZAMA RDC Infos (@TazamaRDC_Infos) June 16, 2026
« C’est finalement une question de perception en fonction peut être des intérêts des uns et autres ». Pour @PatrickMuyaya,… pic.twitter.com/RMrlEhEOmr
Notez qu’à ce jour, l’épidémie d’Ebola touche 30 zones de santé réparties dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
En tout, on compte 808 cas confirmés cumulés, 192 décès cumulés et 48 personnes guéries.
363 patients sont en isolement ou hospitalisation alors que le taux de létalité est de 23,8 %.
Le Taux de suivi des contacts : 63,1 %, encore en dessous de l’objectif opérationnel de 95 %, et l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, concentrant 738 cas confirmés, soit plus de 91 % des cas recensés dans les trois provinces touchées.