À l’aube du mois dédié à la femme, la ville de Goma a accueilli le vernissage du livre Ma couronne Crépue, une œuvre engagée de l’auteure Soki Mulekya. À travers cet ouvrage destiné aux enfants, l’écrivaine propose une réflexion profonde sur l’acceptation de soi, l’identité culturelle et la valorisation des cheveux naturels africains.
Lors de son intervention, Soki Mulekya a expliqué que son livre est né d’un constat préoccupant observé chez de nombreux adultes en difficulté avec le retour au naturel.
« Cette œuvre est née d’une observation douloureuse auprès des adultes que je fréquentais dans leur cheminement vers le retour au naturel, un processus qui semble très difficile pour eux », a-t-elle confié.

Face à cette réalité, l’auteure a choisi de s’adresser prioritairement aux enfants afin d’anticiper les problèmes d’estime de soi.
« Voilà pourquoi j’ai commencé par les tout-petits, pour voir comment nous pouvons renforcer leur protection intérieure et leur confiance en eux. L’acceptation de soi ne s’acquiert pas à 30 ans, elle se construit dès le bas âge », a-t-elle insisté.
Elle rappelle également le rôle central des parents, « Les parents sont le miroir des enfants. Il est donc essentiel de les responsabiliser. »
Un message fort sur l’identité culturelle
Dans son plaidoyer, l’auteure dénonce la pression sociale qui pousse certaines femmes à modifier leurs cheveux pour correspondre à des standards extérieurs.
Selon elle, beaucoup pensent qu’en changeant la couleur, en teignant ou en défrisant leurs cheveux, elles trouveront une meilleure acceptation sociale, alors qu’il s’agit souvent d’un reniement identitaire aux conséquences psychologiques lourdes. « Nier son identité et porter un masque devient, à la longue, un poids psychologique qui influence même le comportement de l’individu », a-t-elle expliqué.

À travers ce qu’elle appelle « l’afro-thérapie », Soki Mulekya souhaite accompagner les jeunes générations vers l’amour de soi et la fierté culturelle.
Le livre est désormais disponible via les Éditions Nge ainsi que sur les réseaux sociaux de KAMA Beauty.
Présent au vernissage, le poète Guillaume Bukasa, président du Collectif des écrivains du Nord-Kivu, s’est dit profondément touché par l’œuvre. « C’est une joie pour moi. Je me sens dans la peau de cette femme qui a enfanté un livre à travers nos origines et nos modèles de coiffure », a-t-il déclaré.
Il regrette toutefois le rejet persistant de certaines valeurs culturelles africaines.
« Il y a malheureusement ce refus de notre culture par certaines personnes qui préfèrent adopter des styles étrangers. Cette migration culturelle entraîne des conséquences incalculables », a-t-il averti.
Au-delà de la dimension culturelle, l’événement s’est voulu solidaire. Le vernissage a servi de cadre de mobilisation en faveur des enfants orphelins, dont beaucoup sont victimes de la guerre en cours dans l’Est de la RDC.
La Fondation FDK, dirigée par Dido Kayembe, a apporté son soutien à l’initiative.
« Il y a ici une noble cause : soutenir les enfants orphelins. Notre fondation œuvre sans relâche depuis le début de la guerre pour leur venir en aide », a-t-il souligné.
Revenant sur la symbolique des cheveux, il a ajouté, « Les cheveux sont quelque chose de très important. Dans la Bible, la force de Samson résidait dans ses cheveux. Cela montre toute leur signification. »
Il a encouragé le public à soutenir le projet en acquérant le livre.
Les intervenants ont également mis en garde contre les effets du défrisage excessif, du port systématique de perruques et de l’usage incontrôlé de produits capillaires et cutanés.
Selon eux, ces pratiques, souvent liées à une certaine modernisation mal comprise, peuvent entraîner des conséquences néfastes sur la beauté naturelle et l’identité culturelle.
Toutefois, un mouvement de retour aux valeurs naturelles semble émerger, porté notamment par les églises, les écoles, les groupes de jeunes et les écrivains engagés.
Avec Ma couronne Crépu, Soki Mulekya propose bien plus qu’un livre pour enfants, un outil d’éducation identitaire et de reconstruction de l’estime de soi avec un message est clair, la beauté africaine commence par l’acceptation de ses racines.