À Oïcha, chef-lieu du territoire de Beni au Nord-Kivu, une vive controverse oppose la bourgmestre de la commune à la société civile locale. En cause : des accusations de spoliation de terrains publics, notamment liés au cimetière communal, et de détournement présumé, que l’autorité municipale rejette catégoriquement.
Dans des propos rendus publics ce week-end, la bourgmestre d’Oïcha a interrogé ouvertement ses accusateurs, exigeant des preuves concrètes.
« Avez-vous des preuves ? Si je vous demande l’acte de vente que j’ai signé, vous en avez ? », a-t-elle lancé, niant toute implication dans une opération illégale de vente ou de spoliation.
Concernant le cimetière communal, au cœur des accusations, l’autorité urbaine reconnaît toutefois qu’une proposition d’échange de parcelles lui a été soumise.
« On est venu me solliciter dans mon bureau pour échanger trois parcelles du cimetière contre d’autres parcelles vierges, puisque le cimetière est déjà plein. J’ai ordonné une enquête, je ne voyais pas clair, j’ai suspendu l’opération », affirme-t-elle, soutenant qu’aucune décision n’a été exécutée.
La bourgmestre réfute également le lien entre cette affaire et la suspension d’un agent communal, identifié comme Obed, souvent cité dans le dossier. Selon elle, cette mesure relève exclusivement de la discipline administrative.
« Je ne l’ai pas suspendu à cause du problème du cimetière, mais pour manque de respect. Il m’a manqué le respect à trois reprises dans mon bureau. Je ne peux pas travailler avec quelqu’un qui me manque le respect », a-t-elle expliqué.
Enfin, l’autorité communale a estimé que la société civile sort de son rôle.
« Que la société civile ne se mêle pas de la politique », a-t-elle déclaré, une phrase qui a suscité de vives réactions.
Dans une réponse écrite et signée, le président de la société civile force vive noyau d’Oïcha, Isaac Kavalami, rejette ces accusations et maintient la nécessité d’un contrôle citoyen. Il estime que la gestion publique ne se limite pas aux actes formellement signés, mais inclut également les démarches initiées et les processus enclenchés.
Selon lui, le simple fait qu’un échange de parcelles du cimetière ait été envisagé justifie des explications détaillées à la population. La société civile appelle notamment à plus de transparence sur l’origine de la proposition d’échange, les acteurs impliqués et les mécanismes mis en place pour éviter toute récidive.
Sur la question de son rôle, Isaac Kavalami rappelle que la société civile n’exerce pas une activité politique partisane, mais un contrôle citoyen consacré par les principes démocratiques.
« Surveiller la gestion publique, questionner et défendre l’intérêt général sont des devoirs citoyens », soutient-il.
Cette polémique intervient dans un contexte où la gestion du foncier et des biens publics demeure un sujet sensible à Oïcha, une zone marquée par la pression démographique et les défis sécuritaires. Pour l’instant, aucune enquête judiciaire officielle n’a été annoncée, mais la controverse continue d’alimenter le débat public au sein de la population locale.