Par Claudel Lubaya

Annoncé le 17 juillet dernier, le projet de dialogue national continue d'alimenter le débat politique. 

Si une large opinion estime que ce processus ne peut produire des résultats qu'à la condition d'être véritablement inclusif, d'autres voix, principalement celles du pouvoir, y voient l'occasion de consacrer l'exclusion des principales forces politiques et sociales qui contestent la gouvernance actuelle.

Un dialogue qui exclut certaines composantes de la vie politique manque, dès l'origine, d'assise.

Loin d'être un arbitre neutre, Félix Tshisekedi est lui-même au cœur de la crise que ce dialogue est censé résoudre.

Personne n'est dupe et personne n’ignore que la nature ne l'a jamais gratifié d’une moindre victoire électorale, ni en 2018 ni en 2023.

Ce péché originel qu'il s'est toujours montré peu enclin à assumer publiquement chaque fois qu'il est évoqué, questionne la légitimité politique de son pouvoir. Ce qui fait de lui un président de fait.

Certes, il exerce de fait les prérogatives de chef de l'État et bénéficie de la reconnaissance internationale attachée à cette fonction.

Mais, sur le plan interne, le débat sur les conditions de son accession et de son maintien au pouvoir demeure l'un des principaux facteurs de la crise politique actuelle.

C'est précisément cette contestation persistante qui explique pourquoi il est lui-même l’épicentre de la crise.

Dès lors, il ne peut, à lui seul, définir les contours du dialogue, sélectionner les participants, fixer les règles du jeu ou arrêter l'ordre du jour.

Le dialogue voulu par tous ne peut naître d'une volonté unilatérale. L'expérience des grands processus de sortie de crise, en Afrique comme ailleurs, enseigne qu'aucun dialogue ne peut produire des résultats durables s'il ne repose sur trois exigences fondamentales : un cadre négocié et accepté par l'ensemble des parties, une facilitation indépendante et impartiale, ainsi que des garanties mutuellement convenues quant au déroulement du processus et à la mise en œuvre de ses conclusions.

Ces principes constituent le socle même de la confiance indispensable à toute négociation politique.

A défaut de ces préalables, le dialogue perd sa substance et sa crédibilité. Il cesse d'être un instrument de résolution de crise pour devenir un simple exercice de communication politique, destiné à donner une apparence de consensus à des décisions déjà arrêtées.

Au lieu de traiter les causes profondes de la crise, il risque de n'avoir d'autre fonction que de conforter le statu quo.

Par Claudel Lubaya