Par Claudel Lubaya

Les mots ont été prononcés. Le mal est désormais consommé.

Coutumier des propos stigmatisants à l’égard de ses compatriotes, le président de la République a franchi un seuil particulièrement grave en qualifiant, le week-end dernier, les Forces de défense et de sécurité « d’armée de clochards ».

Une déclaration lourde de sens, qui heurte profondément la conscience nationale et porte atteinte à l’honneur de celles et ceux qui, au péril de leur vie, défendent l’intégrité territoriale et la sécurité des populations.

Face à l’indignation légitime suscitée par ces propos, Félix Tshisekedi a tenté une justification maladroite, sans jamais présenter d’excuses ni reconnaître la portée destructrice de ses paroles.

Or, en politique, les mots du Président ne sont jamais anodins. Ils engagent l’État.

Et lorsqu’ils traduisent le mépris, ils révèlent un malaise plus profond : de l’abondance du cœur parle la bouche.

Que lui ont fait les FARDC pour mériter un tel traitement de sa part ?

Plus préoccupant encore, au lieu d’apaiser les esprits, le commandant suprême a choisi la voie de l’intimidation.

Son procureur général près la Cour de cassation a publié un communiqué menaçant toute voix critique sous couvert de lutte contre de prétendus « faux bruits ».

Loin de réparer l’offense faite aux forces armées, cette réaction confirme une dérive inquiétante : celle d’un pouvoir qui préfère bâillonner l’indignation plutôt que d’assumer ses propres dérives verbales.

Insulter ceux qui se battent pour la Nation, puis criminaliser l’émotion collective, n’est ni un acte de commandement, ni une posture républicaine.

Il convient de rappeler au Président de la République que sa qualité de Chef suprême des Forces armées ne lui confère nullement le droit de stigmatiser publiquement ceux qui servent sous le drapeau.

Sa responsabilité n’est pas de dénoncer leurs conditions de vie et de travail, mais d’y apporter des réponses concrètes par des actes de gouvernance appropriés.

La dénonciation des dysfonctionnements relève légitimement de la population, de la société civile et des organisations syndicales.

Lui, il est tenu à une obligation d’action, de protection et de respect à l’égard des Forces armées.

De la part du commandant suprême, les militaires n’attendent ni invectives ni discours accusateurs, mais des décisions, des moyens et une vision.

En se livrant à des déclarations désobligeantes, le président se dérobe à sa responsabilité première et tente de transférer sur les victimes d’un système défaillant le poids de son propre échec. Il s’agit là d’une fuite manifeste de responsabilité politique.

Par Claudel Lubaya