Par Bugandwa Zigabe Innocent

Le métissage est l'avenir de l'humanité. N'en déplaise à ceux qui veulent vivre cloîtrés dans leurs communautés raciales, nationales, ethniques ou culturelles en plein 21e siècle. 

Comme le soulignait le philosophe et poète Édouard Glissant, « le métissage n'est pas un mélange, c'est une rencontre », une dynamique essentielle pour sortir de l'« atavisme » des identités fermées.

Alors que depuis l'antiquité les peuples se rencontrent et se croisent pour produire d'autres peuples, l'histoire nous enseigne que l'identité est mouvante, comme le notait déjà Montaigne dans ses Essais face à la diversité du Nouveau Monde.

La naissance du Christ et son enseignement ont semé le germe des valeurs humaines de l'amour et de la tolérance.

L'apôtre Paul avait d'ailleurs prophétisé cette unité dans l'Épître aux Galates (3:28) : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ».

L'Évangile, porté à travers les continents par les apôtres et par les missionnaires, a contribué à l'uniformisation des valeurs humaines, réalisant ainsi la promesse des Actes des Apôtres (17:26) selon laquelle Dieu a fait « sortir d'un seul sang toutes les nations de la terre ».

Ce mouvement de brassage des peuples se fait aussi grâce au commerce, aux guerres, à la diplomatie, aux missionnaires catholiques et protestants.

Ce phénomène s'est accru au 15e siècle grâce aux explorateurs qui ont mis en contact des civilisations, y compris les plus isolées.

Malheureusement, ce brassage s'est alors réalisé à travers la violence cruelle de l'esclavagisme, du colonialisme, des guerres entre États puis des guerres mondiales.

Si, dans une dialectique hégélienne, l'histoire avance souvent par la négativité et le conflit, ces épreuves ont quand même permis de casser les peurs des autres, de découvrir les autres dans leur inhumanité mais surtout dans leur humanité.

Ce qui a conduit à des rapports moins conflictuels grâce à la Charte des Nations Unies (1945) et aux instruments internationaux et régionaux qui ont suivi, et qui sont une sorte de PACTE ENTRE HUMAINS et POUR LES HUMAINS.

L'article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948) consacre ce principe : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

Oui, ces instruments internationaux, repris au niveau des régions et intégrés dans l'arsenal juridique interne des États du monde, portent en eux de nombreuses valeurs chrétiennes parmi lesquelles le respect de la dignité de la personne, l'égalité entre les êtres humains, le respect de la diversité, la tolérance, la paix, l'unité, la solidarité, la protection des femmes, des enfants et des catégories les plus vulnérables, etc.

Le droit international moderne, notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965), traduit juridiquement cet impératif moral.

La modernité, à travers l'amélioration des voies de communication (routes, chemins de fer, voie maritime, aviation) et les récentes évolutions technologiques (le numérique, 

Internet, etc.), facilitent le rapprochement des peuples, leurs interactions, leur brassage, leur mixage, bref leur MÉTISSAGE.

Nous vivons ce que le sociologue Marshall McLuhan annonçait comme le « Village Global », où les distances s'abolissent pour créer une conscience planétaire.

Quelques pesanteurs existent. Elles sont le fait des marginaux qui ont prôné l'apartheid, pratiqué le racisme le plus violent, prêché la suprématie des races, des ethnies, des États.

Ces idéologies ont pourtant été condamnées par l'UNESCO dès 1950, qui affirmait que « la race est un mythe » biologique.

Comme ce qui se passe aujourd'hui avec les USA de Trump qui malmène les immigrés, qui veulent créer des îlots de bonheur pour les uns en exterminant les autres, renouant avec un nationalisme exclusif que le philosophe Emmanuel Kant critiquait déjà dans Vers la paix perpétuelle (1795).

Cette vision archaïque des hommes pourrait s'étendre ailleurs si des leaders tribalistes et nationalistes sont portés au pouvoir dans d'autres pays.

Malgré ces arriérés mentaux, la dynamique de brassage des peuples poursuit son bonhomme de chemin.

Sans eux. Mais avec la majorité des humains qui acceptent de partager leur sang, leur culture, leurs valeurs, leurs connaissances, leurs sports, qui militent ensemble pour un monde meilleur. Comme le disait Victor Hugo, « rien n'est plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue ».

Parce que l'amour est plus fort que la haine et en tant qu'enfants de Dieu, nous sommes tous appelés à construire cette civilisation de l'amour dont le métissage est le chemin et l'aboutissement est notre fusion en Dieu.

Saint Jean nous rappelle dans sa première épître (4:16) que « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui ».

Dieu, à travers les hommes, reconstruit la Tour de Babel. Si dans la Genèse (11), Babel fut le lieu de la confusion des langues, la Pentecôte (Actes 2) en fut la rédemption par l'Esprit. Cette fois-ci, c'est Lui qui a lancé l'initiative. Ce n'est pas une œuvre humaine.

Tous nous convergeons, en nous englobant et en évoluant irréversiblement vers la rencontre avec Dieu, vers le mixage définitif et éternel avec notre nature originelle.

L'Apocalypse (7:9) décrit cette vision finale : « Je vis une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toutes tribus, de tous peuples, et de toutes langues ».

Le métissage est l'avenir de l'humanité. Il nous transporte vers la divinité. Telle est ma conviction.

Par Bugandwa Zigabe Innocent, Penseur libre.

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