L’attaque meurtrière survenue dans la nuit de samedi à dimanche 31 mai, au quartier Ngadi, dans la ville de Beni, continue de susciter réactions et analyses. Au-delà du bilan humain, certains observateurs y voient une évolution préoccupante de la stratégie des terroristes des ADF (Allied Democratic Forces).

Dans une publication sur les réseaux sociaux, le professeur Jaribu Muliwavyo décrit l’incursion de Ngadi comme une « rupture de seuil » dans la campagne de violence attribuée à ce groupe terroriste, désormais associé à la mouvance de l’ISCAP (Islamic State Central Africa Province).

Une stratégie de guerre d’usure

Selon cette analyse, l’attaque ne relèverait pas d’un simple acte de banditisme, mais d’une logique de « harcèlement à haute valeur psychologique ».

L’objectif serait de fragiliser le sentiment de sécurité dans les zones périurbaines de Beni, considérée comme un centre urbain stratégique du Nord-Kivu.

Le document évoque notamment une stratégie en plusieurs volets : la rupture de la confiance entre la population et les forces de sécurité, la dispersion des moyens militaires vers la protection des périphéries et le ravitaillement opportuniste des assaillants à travers les civils.

Une mutation du conflit

L’analyse rappelle également l’évolution des ADF, passés d’un mouvement initialement local à une organisation intégrée à une logique jihadiste transnationale. Cette mutation, amorcée selon l’auteur entre 2017 et 2018, aurait transformé la nature du conflit en une confrontation asymétrique durable, marquée par des attaques rapides, des massacres ciblés et une forte dimension de communication.

Risques d’instabilité accrue

Le professeur Muliwavyo met en garde contre plusieurs scénarios post-attaque, notamment une rupture de confiance accrue entre population et autorités, avec un risque de développement de groupes d’autodéfense locaux, ainsi qu’une exploitation médiatique de l’attaque par les réseaux affiliés à l’ISCAP pour renforcer leur propagande et leur capacité de recrutement régional.

Un troisième scénario, jugé moins probable, évoque une réorientation stratégique vers une approche plus globale combinant actions militaires, renseignement renforcé et éventuelle ouverture de canaux indirects de dialogue.

Une lecture critique de la réponse sécuritaire

En conclusion, l’analyse souligne que la situation à Beni illustre les limites d’une réponse exclusivement militaire face à un conflit qualifié de « guerre d’usure ».

Elle plaide pour une approche de contre-insurrection plus intégrée, combinant sécurité, renseignement et dimensions politiques et sociales.

Cette publication intervient alors que la ville de Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, reste sous forte tension au lendemain de l’attaque de Ngadi, qui a fait plusieurs morts et des disparus, selon les autorités locales.