Ce jour-là, 16 mai comme aujourd’hui, mais en 1997, Mobutu fuit Kinshasa, marquant ainsi la fin de 32 ans de règne.

Les rebelles de LD Kabila étaient déjà à quelques kilomètres de la ville.

Certains espéraient que les FAZ relèveraient la tête pour défendre la capitale. Mais la bataille de Kinshasa n’aura pas lieu.

Et c'est vers 10 heures qu'une longue escorte quittait le camp Tshatshi, et se dirigeait à vive allure vers l’aéroport de Ndjili.

Quelques minutes plus tard, Mobutu et une grande partie de sa famille embarquaient dans un avion à destination de ses terres de Gbadolite.

Quelques instants après son départ, Kin Kiey Mulumba, qui était alors le Ministre de l'information du gouvernement du Premier ministre Lukilia Bolongo (le tout dernier gouvernement de Mobutu), annonçait officiellement le départ du Président de la capitale.

Mobutu passa la nuit à Gbadolite, mais dès le jour suivant, sous la pression des événements, il fut contraint de prendre un autre vol pour Lomé (Togo).

Le même jour, en fin d’après-midi, Laurent Désiré Kabila prenait contrôle de Kinshasa, la capitale.

Assassinat du Général Donatien Mahele Lieko Bokungu, Chef d'Etat-Major Général des Forces Armées Zaïroises

Pendant ce temp, à Kinshasa, en cette journée fatidique (16 mai 1997), alors que le Boeing transportant Mobutu et sa famille de Kinshasa vers Gbadolite n’est plus qu’un point dans le ciel, chacun rentre chez soi. Objectif : fuir.

Les avant-gardes de Laurent-Désiré Kabila ont été signalées à quarante kilomètres, sur la route de Kenge. Le Général Mahele regagne son domicile à La Gombe. A 10 heures, il se rend chez le Premier ministre Likulia. Les deux hommes discutent de la façon de faire parvenir de l’argent aux soldats, afin d’éviter un pillage généralisé. A 11h30, il est à nouveau chez lui.

Le téléphone satellitaire sonne : l’un de ses contacts au sein de l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL) l’appelle. Longue conversation.

Il s’agit de mettre au point le plan de reddition des FAZ. Mahele, après avoir hésité, convient de gagner Lusaka en Zambie, dans la journée du 17, où il annoncera solennellement à Laurent-Désiré Kabila le ralliement de l’armée zaïroise. Son plan de voyage est élaboré : Brazzaville-Luanda-Lusaka.

En milieu d’après-midi, le Général Mahele se rend une nouvelle fois chez le Premier ministre.

Puis revient à La Gombe, d’où il appelle, à Bruxelles, son ami Wilson Omanga : "Je te téléphonerai samedi soir de Lusaka, tout sera fini". Déjà, les généraux Nzimbi et Baramoto ont fui. Kinshasa s’offre aux hommes de Kabila.

Il est 23 heures, en ce jeudi 16 mai 1997, lorsque le Premier ministre Likulia Bolongo appelle le Général Mahele. Le Premier ministre, qui s’apprête à trouver refuge à l’ambassade de France, signale au général un début de soulèvement au camp Tshatshi. "La DSP veut sortir et tout piller !" "J’y vais", répond Mahele. Folie? Le général se sent investi d’une mission : empêcher la destruction de Kinshasa, éviter un bain de sang.

C’est là-dessus, il en est persuadé, qu’il joue son avenir politique. Sans doute pense-t-il aussi que, privés de leur chef, le général Nzimbi, les Ngbandis de la DSP sauront l’écouter. N’est-ce pas pour eux la dernière chance de sauver leur peau? Mahele saute dans un 4×4 avec son chauffeur et un garde du corps. Un pick-up d’escorte, avec dix militaires à son bord, le précède.

Aux abords du camp, premier barrage : l’escorte reste sur place. Mahele continue seul, avec ses deux compagnons. Le 4×4 pénètre dans l’enceinte. Là, le chef d’état-major se retrouve face à une centaine d’hommes surexcités, entre drogue, alcool et sorcellerie, qui refusent de lui rendre les honneurs.

Parmi eux, le Général Wezago, l’adjoint de Nzimbi, celui-là même qui participa la veille au soir à la deuxième réunion chez Mobutu, au cours de laquelle on évoqua les "traîtres" à éliminer. 

"Que viens-tu faire ici? Tu as trahi! Tu n’as pas fait la guerre!", hurle Wezago"Calme-toi, répond Mahele, l’AFDL est dans les faubourgs, demain ils seront là, vous n’avez aucune chance, déposez les armes!"

Wezago devient fou : "Comment! Toi qui as laissé mourir la DSP, tu nous donnes des ordres!" Il sort son pistolet et tire sur Mahele, l’atteignant à la jambe. Le garde du corps, qui veut intervenir, est abattu. Le chauffeur a déjà fui.

En un bond, Mahele s’est projeté sur le côté. Il fait une nuit d’encre. On le cherche, on ne le trouve pas. Un soldat dit : "C’est toujours comme ça avec lui, il a de bons fétiches, il sait se rendre invisible." 

Mais Wezago ne veut pas lâcher sa proie. A la lumière d’une lampe torche, on finit par le repérer, tapi sous le 4×4. On l’extirpe de force, on le remet debout malgré sa jambe brisée.

Un major de la DSP s’approche par derrière et d’un coup de pistolet à silencieux lui loge une balle dans la nuque. Mahele s’effondre, foudroyé. Entre temps, les soldats de l’escorte sont allés prévenir Kongulu, alias "Saddam", l’un des fils de Mobutu, qui fait de la résistance à l’hôtel Intercontinental (il y'avait pris des otages afin, dans une tentative de désespoir, de contraindre les Américains de demander à l'AFDL de reculer. En vain).

A bord d’un petit blindé, Kongulu se rend au camp Tshatshi. Des rafales de Kalachnikov l’accueillent. Les soldats perdus de la DSP, dont beaucoup seront abattus le lendemain par les "libérateurs" de l’AFDL ou lynchés par les Kinois, ont perdu la raison.

Kongulu téléphone son père qui avait déjà fui et qui se trouvait à Gbadolite. Il téléphone aussi au Premier ministre, le Général Likulia, lui demanda de prendre les dispositions nécessaires pour se sauver des griffes des militaires de la DSP qui, déchaînés, s'étaient mis à courir vers les maisons des officiers accusés de trahison.

Le lendemain, 17 mai, les troupes de l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila investissaient Kinshasa, la capitale.


Avec
 Benjamin Babunga, via www.babunga.alobi.cd




Djamba NDJOLO

Djamba NDJOLO - 16/05/2022 21:20 - Répondre 

Voilà les retombées