La récente sortie médiatique de l’ancien président Joseph Kabila dans laquelle il a dit craindre « la soudanisation » de la RDC au cas où la crise en cours à l’Est du pays persiste ; continue de susciter de plus en plus de réactions.

Si le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a choisi de s’attaquer à cette alerte lancée par l’ancien président de la République la qualifiant « d’un véritable venin et une nouvelle stratégie de manipulation » au point même d’interdire « à tous les patriotes congolais de le répéter » ; certains analystes estiment que « le risque d’un tel scénario est bien réel. »

Sur X, l’historien congolais Benjamin Babunga explique que le problème en RDC c'est de croire que répéter en boucle « le Congo restera un et indivisible » suffit à garder ce pays dans ses limites actuelles, soit 2.345.000 km² : « Ce qui est arrivé ailleurs pourrait également arriver ici. La RDC n'est pas une exception, c'est un pays comme les autres. Les Balkans se sont fragmentés. Le Soudan s'est scindé en deux. D'autres États, hier encore solides, ont vacillé, se sont disloqués. Qu'est-ce qui fait croire à certains de nos compatriotes que le Congo serait au-dessus de ces dynamiques, que notre histoire, notre taille ou notre potentiel nous plaçaient hors de portée de tels scénarios ? Aucun État n'est éternel par nature », a-t-il déclaré ajoutant que l »es nations se maintiennent par des choix, des efforts constants, une vision partagée et des institutions solides… et jamais par de simples slogans et déclarations du genre ‘’le Congo restera un et indivisible’’.»

« Continuer à croire que l'unité du Congo est acquise, presque automatique, c'est refuser de voir les signaux faibles qui nous alertent actuellement », a-t-il ajouté.

Claude Ibalanky, l'ancien ambassadeur itinérant du président Félix Tshisekedi, qui a récemment fait l’objet de nombreuses critiques après s’être affiché publiquement aux côtés des leaders de l’AFC/M23 à Goma, QG du mouvement rebelle ; a de son côté donné raison à Joseph Kabila signifiant que sa sortie est une sonnette d’alarme : « Les aveugles riront aujourd’hui. Le peuple pleurera demain. L’expérience du Soudan nous enseigne qu’un pays ne s’effondre pas en un jour. Il s’effrite d’abord dans l’autorité, se fissure dans ses institutions, se militarise dans le débat politique, puis se fragmente sous l’effet des conflits internes et des appétits extérieurs », a-t-il déclaré.

Reste à savoir si cette crise sera résolue pacifiquement et si le pays sera encore réunifié puisqu’à ce jour l’AFC/M23 occupe une grande partie des provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu où il consolide son autorité avec l’installation d’une véritable administration parallèle remplissant quasiment toutes les missions d’un Etat.