Dans l’est de la République démocratique du Congo, des comptes viraux surnommés « POPOSHA » font l’objet d’une vive controverse sur le réseau social TikTok.
Derrière ce nom, qui signifie dans le langage familier « commères » ou « commérage », se cachent des pages diffusant des vidéos et messages accusatoires visant des hommes et des femmes, souvent sans preuves.
Le phénomène prend de l’ampleur, notamment au Nord-Kivu et dans la partie dite Grand Nord.
À Kasindi, Beni et Butembo, ces comptes attirent des milliers de vues en quelques heures.
L’un d’eux, basé à Kasindi, a enregistré près de 2.800 vues et plus de 1.400 mentions « J’aime » pour une seule publication diffusée en l’espace de 24 heures.
Les contenus, généralement accompagnés d’un même fond sonore, exposent publiquement des personnes présentées comme impliquées dans des faits jugés répréhensibles, provoquant malaise et inquiétude au sein des communautés locales.
Dans les bars, les rues, les établissements commerciaux et sur les lieux de travail, le sujet alimente les discussions.
Certaines personnes craignent d’être les prochaines cibles de ces publications, tandis que d’autres dénoncent une utilisation abusive et dangereuse des réseaux sociaux, susceptible de porter atteinte à la réputation et à la dignité humaine.
Face à cette situation, les autorités ont commencé à réagir. Au poste frontalier de Kasindi-Lubiriha, plusieurs présumés auteurs de ces messages diffamatoires ont été interpellés par les services compétents.
Elles ont toutefois abstenus de livrer davantage de détails, indiquant que les enquêtes se poursuivent afin d’identifier et de démanteler l’ensemble du réseau à l’origine de ces comptes.
Sur le plan juridique, la législation congolaise encadre désormais strictement ce type de pratiques.
Le Code du numérique, adopté en 2023, prévoit des sanctions contre la diffusion de fausses informations par voie électronique.
Son article 360 dispose que toute personne qui initie ou relaie une fausse information contre autrui via les réseaux sociaux, les systèmes informatiques ou les réseaux de communication électronique s’expose à des poursuites judiciaires.
Selon ce texte, ces faits sont passibles d’une peine d’emprisonnement allant d’un à six mois, d’une amende comprise entre 500.000 et 1 000.000 de francs congolais, ou des deux à la fois.
La loi vise notamment les contenus susceptibles de nuire à l’honneur ou à la réputation des personnes visées.
Alors que les plateformes numériques occupent une place de plus en plus centrale dans la vie sociale en RDC, cette affaire relance le débat sur la responsabilité des utilisateurs et la nécessité d’un usage plus éthique des réseaux sociaux, dans un contexte marqué par une forte viralité de l’information et une régulation encore récente du secteur numérique.