Annoncées il y a à peine quelques heures, les sanctions des États-Unis contre l’armée rwandaise et 4 de ses officiers supérieurs pour leur soutien opérationnel direct au M23, actif à l’Est de la RDC, suscitent déjà de nombreuses réactions.

Dans un communiqué, le gouvernement congolais salue cette décision affirmant que ces mesures « constituent un signal clair en faveur du respect de la souveraineté de l’intégrité territoriale de la RDC, de la justice ainsi que de la mise en œuvre effective des engagements souscrits dans le cadre des Accords de Washington » : « Le gouvernement rappelle que la stabilisation durable de l’Est du pays et de la région des Grands Lacs passe par la cessation de tout appui aux groupes armés, le respect strict de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats, ainsi que l’observation des principes du droit international », avance-t-il indiquant qu’il demeure pleinement engagé à œuvrer pour le rétablissement complet de la paix, de la sécurité et de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.

De son côté, le gouvernement rwandais, qui avance que ces sanctions « ciblent injustement une seule partie au processus de paix », estime qu’ils dénaturent la réalité et les faits du conflit dans l'Est de la RDC : « Les attaques de drones et les offensives terrestres systématiques et aveugles constituent des violations flagrantes des accords de cessez-le-feu par la RDC et continuent de faire de nombreuses victimes », indique-t-il dans un communiqué.

Kigali, qui accuse également Kinshasa de recourir aux mercenaires étrangers, aux résistants Wazalendo ainsi qu’aux combattants FDLR en violation de son engagement dans le cadre des accords de Washington.

« Le Rwanda est pleinement engagé à désengager ses forces en même temps que la RDC met en œuvre ses obligations », conclut-il affirmant lui aussi qu’il reste déterminé à respecter tous les aspects des Accords de Washington, y compris le Cadre d'intégration économique régionale.

Pour rappel, le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, avait affirmé il y a quelques jours que son pays « ne craint pas des sanctions internationales » ; reste à savoir si cette fois-ci l’armée Rwandaise va cessez définitivement avec son soutien au M23.

La portée diplomatique et symbolique des sanctions

Il faut dire que c’est la première fois que l’armée rwandaise est sanctionnée en tant qu’entité ; c’est qui est tout un symbole.

Et pour l’analyste Jean Mobert Senga, l’objectif des américains est clair : forcer la RDF à retirer troupes et équipements de l’Est RDC et à cesser tout soutien au M23.

S’il est peu probable que l’armée rwandaise et ces officiers sanctionnés possèdent de l’argent, des biens ou investissements aux États unis, en théorie, ces sanctions qui étaient longtemps attendues devraient compliquer les transactions en dollars américains par le Rwanda à des fins militaires.

Par ailleurs, l’armée rwandaise est liée à plusieurs entreprises importantes à l’échelle du pays et dans les opérations militaires du Rwanda à l’étranger (Mozambique, Centrafrique, RDC, …).

Ces entreprises devraient également être indirectement affectées par les sanctions américaines.

Cependant, en ce qui concerne les acquisitions d’armes, munitions et équipements, les États unis ne comptent que très peu parmi les fournisseurs du Rwanda, très loin derrière la Chine, par exemple.

Le Rwanda pourrait continuer à se fournir malgré les sanctions américaines.

Il faut toutefois souligner que le département du trésor américain prévoit d’éventuelles exceptions au régime des sanctions, à la discrétion de l’administration américaine.